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Ex-épine généalogique

Après Sophie et David, je voulais vous présenter une petite épine généalogique. J’en ai tout un petit tas, celle-ci étant la première. Sauf qu’en rédigeant cet article, j’ai eu un éclair de génie, et hop ! Je l’ai trouvé 🙂  Ca fait juste… 5 ans que je le cherche, la réponse était sous mon nez, ou plutôt elle était dans ce que je n’avais pas pris la peine de regarder. Ca m’apprendra. Au pays du Mélèze ((dont les épines ne piquent pas, et qui les perd en hiver)), mon épine, finalement, ne pique plus 😉

Mais puisque l’article est écrit, laissez-moi donc vous présenter quand même Joseph Antoine CHASTAN, cultivateur à Guillestre (05) au XIXème siècle. Il y passera toute sa vie, pour finalement ne pas y mourir. C’est là que se situait l’épine… Où donc avait-il bien pu aller mourir, lui qui n’avait jamais quitté son village ?

Le petit Joseph Antoine nait donc à Guillestre, le 29 Septembre 1794 (8 vendémiaire an III). Il est le deuxième et dernier enfant d’Antoine et de Cécile FOURNIER. Sa soeur aînée, Marie Catherine, étant décédée à l’âge d’un an, en 1790. Il perd sa maman à l’âge de 5 ans.

Il grandit à Guillestre, entouré de ses demi-frères et demi-soeurs, et apprend à cultiver la terre, comme ses parents. A 20 ans, le 09/03/1815, après avoir servi dans l’armée de Napoléon ((ce que je sais car il a eu la  médaille de Sainte-Hélène, mais je n’ai pas encore recherché son dossier militaire)), il épouse Marie Magdeleine BRUN, jeune fille de Risoul, village voisin de Guillestre.

Joseph Antoine et Marie Magdeleine auront 10 enfants, dont 9 atteindront l’âge adulte. Tous nés à Guillestre, où leurs parents sont propriétaires :

  1. Jean Baptiste, ° 06/12/1816
  2. Jean, 07/10/1818 – 08/1820
  3. Joseph Antoine,  07/10/1818 – 06/05/1869 à Marseille
  4. Jean François, ° 12/01/1821
  5. Marie Magdeleine, 27/09/1822 – 06/03/1888
  6. Victoire Cécile, 08/03/1825 – 02/01/1803 à Robertville (Algérie)
  7. Catherine Cécile, 13/12/1827 – 03/06/1858 à Guillestre
  8. Hélène, 01/05/1830 – + après 1886 certainement en Algérie
  9. Jacques Louis Théofrède, 02/08/1832 – 15/09/1886 à Marseille
  10. Marie Catherine, 04/02/1835 – 11/07/1870 à Guillestre

Le 15/06/1835, Joseph Antoine est nommé adjoint au maire de Guillestre. Il sera maire du 15/08/1838 à 1841. Anecdote intéressante, c’est lui-même qui m’a appris tout ça, ayant écrit les dates importantes de sa vie sur une feuille de papier que j’ai eue grâce à une cousine, mais que je n’ai malheureusement pas scannée.

N’ayant jamais quitté Guillestre, il est facile de reconstituer la vie de la famille CHASTAN au long des NMD et autres actes notariés. Marie Magdeleine BRUN meurt, toujours à Guillestre, le 29/11/1850. Quelques jours avant, elle fait son testament, et les deux époux font enregistrer un jugement de séparation de leurs biens.

Après son veuvage, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène (il est donc en vie en 1857), il est dit vivant lors du décès de sa fille Catherine Cécile en 1858.  Il est décédé lors du décès de son autre fille, Catherine, en 1870. Les matrices du cadastre m’apprendront qu’en 1863, l’ensemble de ses propriétés foncières, maison comprise, a été redistribué à ses enfants et beaux-enfants.

Et j’ai cherché, cherché, cherché. Epluché les tables cantonales, les notaires du canton. Je n’ai malheureusement rien trouvé dans les tables de succession. J’ai cherché en Algérie, où deux de ses filles se sont installées. A Marseille, où vivaient alors deux de ses fils ((mais vas-y pour trouver quelque chose dans les TD de Marseille)). J’y ai trouvé le décès de l’un d’eux, et même un neveu inconnu. Mais de Joseph Antoine, point.

Et ce matin… en écrivant cet article, et en me replongeant dans la famille, je me suis rendue compte, – grosse erreur de débutante – , il me manquait un acte à propos de ses enfants. L’acte de mariage de Catherine ((qui a épousé son beau-frère, d’ailleurs)).

QUOI ?

Hallucination. Moi, l’apôtre des collatéraux, la maniaque des familles complètes (point de salut si je n’ai pas la liste de tous les enfants de mes sosas, avec leurs mariages et si possible leurs décès), je n’avais pas l’acte de mariage de Catherine. Alors que je savais parfaitement où et quand elle s’est mariée, et avec qui.

La loose.

Et évidemment, la solution à mon épine s’y trouvait. Sinon c’est pas drôle.

Le 19 octobre 1860, donc, Marie Catherine CHASTAN, âgée de 25 ans, épouse son beau-frère, veuf de Catherine Cécile, sa soeur aînée, depuis deux ans. Son père, Joseph Antoine est absent, mais consentant. Il consent par acte notarié passé en l’étude de Maître GAUTHIER, à… Saint-Rémy-de-Provence !

Hop, direction le site des AD13, les TD de Saint-Rémy, et en moins de deux secondes, le voilà. Joseph Antoine CHASTAN est décédé le 29/01/1861 à l’asile Saint-Paul ((reste à savoir pour quelle raison il a été interné en asile psychiatrique. Je ne sais pas si les archives de l’asile sont publiques)). Pas de doute, c’est bien lui, puisque figurent dans l’acte de décès, le nom de ses parents, et sa date de naissance.

 




Acte de décès de Joseph Antoine CHASTAN le 29/01/1861 à Saint-Rémy-de-Provence. (c) AD13




Je ne sais même plus si je suis SUPER CONTENTE, ou trop énervée contre moi-même pour me réjouir.

Pour conclure, cette histoire prouve plusieurs choses :

  1. Je suis une truffe
  2. Une des règles d’or du généalogiste : ne jamais négliger les collatéraux, au moins les enfants. Ce sont bien souvent eux qui débloqueront la branche.
  3. Une autre règle d’or : croiser les sources, et surtout, toujours relire dix fois les infos dont on dispose déjà, et aller au bout de ses raisonnements. Là encore, bien souvent, les réponses sont sous notre nez.
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Ma gestion des sources : nommage et classement

Maïwenn a posté récemment sa description en tant que généalogiste. Dans ce post, et dans ceux qui lui répondent chez Raphaël et chez … Raphaël encore, un des problèmes communs qui ressort est celui de la gestion des sources, et en particulier leur “nommage” et leur classement, que ce soit pour les documents numériques ou physiques.

Et donc, comme je cherche à gagner du temps pour faire mon propre portrait suis sympa, je lance officiellement le débat en présentant la façon dont je fonctionne.

Quand j’ai commencé ma généalogie, en 2003, j’ai tout de suite “sourcé” mes infos, mais j’ai mis un peu de temps avant de trouver un système qui me convient. Comment nommer les documents (principalement papiers à l’époque, quasiment exclusivement électroniques aujourd’hui), comment les classer, comment les exploiter ? Je n’y connaît rien en archivistique, mais par contre, étant informaticienne, j’ai quelques “bonnes pratiques” qui me viennent du monde de la conception de bases de données.

Au début, j’ai fait comme beaucoup, c’est-à-dire que j’ai nommé mes documents avec le nom de la personne concernée, le numéro sosa, la génération, le type de document. Ca donnait des choses du genre “197G8 – AB – FOURNIER Cécile” pour un baptême, ou encore “392G9-393G9 – AM – CHASTAN Antoine et DUMAS Catherine” pour un mariage.

Le tout était scanné, les documents papier rangés dans des classeurs (branche paternelle, branche maternelle), dans l’ordre des générations, et les documents scannés étaient stockés avec une arborescence similaire.

Mais je me suis très vite heurtée aux limites de ce système.

  • D’abord, impossible de classer ça dans un ordre ou dans un autre, puisque le nom n’est pas strictement identique.
  • Le classement utilisé n’a pas vraiment de logique
  • C’est encore pire pour les actes concernant plusieurs personnes, comme les actes de mariage
  • Et je ne vous parle pas de ceux qui ne concernent pas des SOSAs (fratries par exemple).
  • Ca fonctionne à peu près pour les actes d’état-civil, mais ça devient vite ingérable dès qu’on va taper dans d’autres collections : comment appliquer celà à une entrée de cadastre, à une photo, à un jugement, à un acte notarié passé par toute une famille ?

Il me fallait donc normaliser tout ça. Après avoir presque appris par coeur les infos de Généalogie Standard (site mort, repris depuis par FranceGenWeb), je suis arrivée à quelque chose qui me convient bien, et qui fonctionne depuis 5 ans sans modification.

La toute première règle, c’est qu’un document doit être nommé indépendamment de son contenu. Exit les sosas, noms de personnes, etc. Un peu comme c’est le cas dans les archives. Un document n’est jamais décrit par son contenu, la côte se fiche complètement de savoir qu’il s’agit du testament de Mr Arsène Bidule.

La seconde, c’est qu’il faut quand même que ça me parle un minimum.

Bref, j’ai donc listé toutes les caractéristiques importantes (à mes yeux) d’un document, et qui seraient “universelles”. Voici voilà :

  1. L’origine (géographique) du document : le lieu où il a été créé
  2. La date de création
  3. Et un numéro unique qui différencie deux docs créés le même jour au même endroit

Question subsidiaire : comment les classer ? Pour ma part, c’est d’abord par lieu, ensuite par date.

En affinant un peu, ça donne ça : PAYS_COMMUNE_SOUSLIEU_AAAAMMJJ_XXX

  • Pays : code officiel INSEE (exemple pour l’Algérie : 99352. Pour la France : 99FRA (ben oui, y a pas de code pour la France ;-))
  • Commune : code officiel INSEE. Pour les communes étrangères, je me creuse la tête en essayant de trouver l’équivalent local. Avantage pour moi, j’ai très peu d’actes étrangers, sauf l’Algérie (Française à l’époque), et qui dispose de codes INSEE ^^
  • SOUSLIEU : Un bête numéro incrémental sur 3 caractères, pour différencier par exemple les paroisses
  • AAAAMMJJ : la date normalisée. Je convertis depuis peu les dates révolutionnaires parce que ça mettait le bazar dans mes tris.
  • XXX : Numéro incrémental unique sur 3 caractères.
  • Pour les documents de plusieurs pages, je rajoute une extension “_pxx” à la fin.

Résultat :

“197G8 – AB – FOURNIER Cécile” est devenu “99FRA_05026_001_17650328_001
“392G9-393G9 – AM – CHASTAN Antoine et DUMAS Catherine” est devenu “99FRA_05065_001_17520214_001

Avantages :

  • Ca marche pour tous les documents possibles. Si je ne connais pas la date, par exemple, je mets des 0.
  • Ca se trie tout seul dans le bon ordre
  • Ca facilite les recherches, puisque j’ai tendance à rechercher souvent par date
  • C’est facile à ranger

Inconvénients

  • Ca me parle à moi, mais pas forcément aux autres. Ce qui n’est un inconvénient que très relatif
  • Ca nécessite quand même un outil à part pour les gérer (pas obligatoire mais bien pratique). Un peu comme les inventaires des Archives.

Et donc je ne les gère pas dans Hérédis, mais je me suis fait une base de données séparée. Dans Hérédis, je rentre le nom de la source, et une brève description. Ce qui fera l’objet d’un autre post, celui-ci étant déjà bien long !

Et enfin, le rangement

Déjà, toutes mes sources “physiques” sont scannées. Je ne gère plus que des documents électroniques.

Tout ça est rangé dans une arborescence particulière :

sources<code_pays> – <nom_pays><code_commune> – <nom_commune><document>.jpg

Petite copie d’écran :


Arborescence