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Trouvé dans les registres : si on peut même plus dîner tranquille !

C’est un peu la fête dans les registres de Risoul. Cette fois, nous sommes le 8 mai 1737, et le curé nous explique pourquoi le pauvre André MAUREL, mort la veille, n’a pas pu recevoir les derniers sacrements.



Décès d'André MAUREL le 07/05/1737 à Risoul. (c) AD05



André Maurel agé d’environ soixante cinq
ans est décédé le septième may 1737 ayant fait
ses paques depuis sept jours, étant mort sans
maladie, cette mort si prompte a surpris tous
les parents et voisins, quoique dans un gros
village les parents et voisins ont plutôt ???
la mort que la maladie. Joseph Maurel son
frère m’a envoyé son gendre neveu du
malade le même jour à midi à qui j’ai
demandé si on oncle étoit dangereux d’aller
voir le vicaire, qui s’est trouvé à Guillestre
il m’a dit que son oncle n’avoit pris mal que
le même jour le matin, que j’avois du temps
pour dîner et d’y aller dans le jour. Je l’ai
chargé de me faire vite accourir si le malade
pressoit, que ma monture seroit dans un moment
chez moi, nous nous sommes mis à table pour
manger la soupe avec monsieur Daguerre
major pour le Roy au Montdauphin et monsieur
Petit son neveu capitaine aide major ?
au régiment de St Martin, étant à table
un second exprès m’a dit que le mal augmentait? moi
sur le champs je suis parti et quitté table
il a été mort avant que je suis arrivé au
village auquel je n’aurois pu arriver à pied
même sans diner par le premier ? les
soussignés sont témoins du fait, l’ayant enterré
le huitième du susdit mois.

Pas de chance… mort sans préavis, alors que le vicaire était absent, que le curé n’avait pas son cheval à la maison, et qu’en plus il avait des invités (quoiqu’il précise bien que, sans cheval, il ne serait jamais arrivé à temps, même s’il n’avait pas pris le temps de manger avant de partir).

Restent quelques inconnues, d’abord, que signifie exactement “si le malade était dangereux, d’aller voir le vicaire” ? Dangereux au sens propre, ou “en danger” ?

Et ensuite, si quelqu’un peut me dire quel mot manque dans la phrase “quoique dans un gros village les parents et voisins ont plutôt ??? la mort que la maladie” ?

PS : Sinon j’ai aussi le baptême et l’enterrement d’un bébé sorti du ventre de sa mère décédée à six mois de grossesse, si ça vous intéresse ??

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Morts d’épilepsie à Risoul (bis)

Mon précédent post a déclenché une petite discussion (voir les commentaires, et twitter) sur le fait qu’il s’agit ou non d’épilepsie. La répétition des cas tendant à faire douter Jordi et Merline de la véracité du diagnostic. D’autant que les deux cas présentés ne sont espacés que de six mois.

La théorie de Merline tient la route : l’ergot du seigle peut entraîner des convulsions qui pourraient être prises pour de l’épilepsie, et il peut entraîner la mort. Voir les articles de Wikipédia sur l’ergot du seigle, et sur l’ergotisme.

J’avoue que j’avais tendance à croire le curé au départ ((et peut-être que du coup j’irai au Paradis ;-))) mais en poursuivant ma lecture des registres de Risoul, j’en ai trouvé deux autres, cette fois en 1737 et 1743.

Décès de Joseph ESMIEU, le 12/08/1737, ~30 ans :



Décès de Joseph ESMIEU, 12/08/1737 à Risoul. (c) AD05



Le 13è aout 1737 j’ay enterré le
cadavre de joseph emieu agé
d’environ trente ans mort
le jour de hier dans sa maison
de la montagne par l’accident
du mal caduc ou appelé par
le commun mal de St jean, dans
lequel il tomboit souvent d’une manière
affreuse, dans lequel accident il s’étoit
brulé les mains dans un autre temps
ce qui l’a privé d’aucun secours spirituel
étant d’ailleurs très bon chrétien aux
présences des soussignés

Ici encore, comme pour Jeanne EYMAR en 1759, Joseph ESMIEU est dit épileptique notoire, et si je comprends bien, il s’était déjà brûlé les mains lors d’une précédente crise.

Second décès, 5 ans plus tard, celui de Jacques ALBRAND, le 28/06/1743 :

 


Décès de Jacques ALBRAND le 28/06/1743 à Risoul. (c) AD05


Jacques albrand fils de jean agé d’environ trente
ans est décédé le 28è juin 1743 dans un accident
du mal caduc et par conséquent privé des sacrements
des mourants mais ayant vécu en bon catholique
et satisfait a son devoir pascal, le père ayant
obtenu par requête qu’il fut enterré je lui ay
accordé la sépulture écclésiastique le 29è
du dit mois de juin le tout aux présences des
soussignés.

Il est évident que l’on ne saura jamais vraiment si tous ces gens étaient réellement épileptiques, ou s’il s’agit de convulsions dues à un élément extérieur. Ceci dit, dans deux cas sur les quatres, les crises n’étaient clairement pas les premières, et si on se brûle les mains une fois, on peut très bien tomber sur la tête une autre fois, et en mourir. Mais bon, l’épilepsie n’est pas contagieuse, et n’est que très rarement “familiale”.

4 cas en 23 ans, tous dans le même village (assez gros pour la région). Combien d’autres, le curé ne détaillant probablement que lorsqu’il n’a pu donner les sacrements pour cause de mort rapide ?

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Morts d’épilepsie à Risoul

En l’espace de quelques mois, deux jeunes adultes de Risoul, village des Hautes-Alpes aux portes du Queyras, sont morts suite à des crises d’épilepsie :

Le 24/09/1759, décès de Jeanne EYMAR, ~22 ans :





Décès de Jeanne EYMAR le 24/09/1759 à Risoul. (c) AD05






Jeanne Eymar fille de Jean et de anne maurel
de la paroisse de Risoul agée d’environ vingt deux
ans, atteinte depuis plusieurs années du mal d’épilepsie
appellée autrement le haut mal ou le mal caduc
se trouvant a garder les bestiaux au dessus l’hameau
du Collet, a été attaquée de cet accident et dans l’instant
elle a été portée dans sa maison par sa mere et le secours
de Sébastien Sibourd fils de Sébastien, ou ayant vécu encore
l’espace de trois heures, est enfin décédée, scavoir le
vingt-quatre septembre mil sept cents conquante neuf
et son corps a été inhumé (renvoi) dans le cimetière de l’église
paroissialle présents les soussignés et autres du présent
lieu (renvoi 🙂 le vingt cinq du même mois et an que dessus


Et le 29/05/1760, décès de Nicolas GARNIER, ~24 ans :






Décès de Nicolas Garnier le 29/05/1760 à Risoul. (c) AD05






nicolas garnier feu jacques de la paroisse de Risoul
agé d’environ vingt quatre ans est mort d’un accident
d’épilepsie ou autrement dit mal caduc au cartier appellé
Serre Contier n’ayant pû recevoir les sacrements
scavoir le vingt neuf du mois de may mil sept cents
soixante, et par permission de Mr Allard juge des
Chateaux Archiepiscopaux de l’Embrunais et de Mr Allard
son fils procureur fiscal, couchée au bas du verbal
dressé par Sr Jean Baptiste Argensat chatelain dudit lieu
en datte du vingt neuf dudit mois, Luy avons donné la
sépulture eclésiastique le trente dudit mois
et an que dessus presents, Jean garnier son frère,
françois garnier son autre frère, Claude garnier,
Jean-Baptiste maurel et autres soussignés tous du
présent lieu.

Edit du 20/11 : voir sur la suite de cet article ici.

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Bénédiction du prototype d’une Sainte Vierge

Il y a quelques jours, je vous parlais du coup de gueule du curé de Ceillac (05) envers ses paroissiens. Un an après, on trouve la bénédiction d’une statue commandée à Marseille par certains de ses paroissiens. J’extrapole, mais je ne peux m’empêcher de me demander si ça a un rapport… si ces “enfants de Seillac” en question n’avaient pas, par hasard, quelque chose à se faire pardonner ?

Bénédiction d'une statue de Ste Vierge, 21/06/1759

Bénédiction d'une statue de Ste Vierge, 21/06/1759

L’an mil sept cent cinquante neuf et le vingt-un de juin
{…} de la fette dieu, nous sommes allez à la viste
processionnellement benir et recevoir le prototipe de la ste
vierge que les Srs Joseph fournier beaufils de JBte guerin ((Joseph FOURNIER, époux de Marie GUERIN, elle-même fille de Jean-Baptiste, sont mes ancêtres directs (respectivement sosas 394, 395 et 790) )), pierre
marchis fils de marcellin et les autres enfants de Seillac marchands en
provence, ont fait construire à marseille à leurs frais et depends
pour l’autel du rosaire de cette parroisse et l’ont encore ornée
et embelie de plusieurs presents. enfoy

A Fortoul, procuré

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Coup de gueule du curé de Ceillac

Je fouille, je farfouille, et parfois, paf, au détour d’une page de registre, je trouve des perles. Certains curés font des commentaires, d’autres des dessins, et d’autres encore poussent des coups de gueule assez sympas.

Ceillac est un village des Hautes-Alpes (05), posé tout seul au fond de sa vallée, juste à côté du Queyras. Il semblerait qu’y être curé n’était pas rigolo tous les jours… 😯

Je vous laisse apprécier cette petite prose, écrite entre un acte de baptême et une inhumation, en mai 1758… Attention, ça commence en français, et ça continue en latin.

Coup de gueule du curé de Ceillac, Mai 1758

Coup de gueule du curé de Ceillac, Mai 1758

N’étant pas latinophile (?), j’ai demandé de l’aide à FranceGenWeb Traductions, que je remercie. Voici la transcription m’a été proposée :

De mémoire d’homme, tous les prêtres, beaucoup de vicaires
et presque tous les curés  on fait naufrage in hac parochia, hoc
est, sustinuerunt multas persecutiones, et atrocia crimina
a parochianis illis imposita facere, propter hoc ex hac regione
fugam sollicito et successores mei si sapientes non multum
temporis debent hic morari, alioquin poenas debent, in quorum
fidem…

A. Fourtoul, pro-curé


Et la traduction :

De mémoire d’homme, tous les prêtres, beaucoup de vicaires
et presque tous les curés  on fait naufrage dans cette paroisse, à
savoir qu’ils se sont résignés à procéder à de nombreuses persécutions et accomplir d’atroces accusations
à eux imposées par les paroissiens; c’est pourquoi je cherche à fuir cette région,
et mes successeurs, s’ils sont sages, ne doivent pas
s’attarder longtemps ici, sous peine d’en devoir payer le prix;
en foi de quoi…

A. Fourtoul, pro-curé

ndlt: Seul problème réel : quel sens donnee à crimina : accusation ? méfait ? Comme ce curé reste vague et ne donne pas d’exemple de ce qu’il a été obligé de faire, il est difficile de trancher


Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait, mais apparamment, ce jour-là, il a passé une sacrée mauvaise journée !

Petite anecdote, ce même texte avait aussi été écrit dans l’exemplaire communal, mais il a été barré :

Version du registre communal

Version du registre communal


Mr André FORTOUL était curé à Ceillac depuis déjà 4 ans (depuis Juin 1754). Avant cette date, il y a servi comme vicaire, au moins depuis 1746. On peut donc raisonnablement penser qu’il savait de quoi il parlait…

Malheureusement, ses souhaits d’évasion n’ont pas été exaucés, puisqu’il est resté curé de la paroisse jusqu’à sa mort, le 22/03/1761, à l’âge de 42 ans. Il y a donc passé au moins 15 ans.