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Reflexions et bidouillages généalogiques et hors sujet

Tenir un journal de recherche

Dans la série « Quel Généalogiste Suis-Je », Raphaël se demande sur Twitter quel logiciel de dépouillement nous utilisons, dans le but de tenir un journal de recherche :

Quel logiciel de dépouillement d’actes (relevés systématiques) utilisez-vous ? J’avais l’habitude de Nimègue, ms il y a p-ê mieux depuis ?

Personnellement, je ne systémadépouille pas, par manque de temps et de courage. Les rares fois où je l’ai fait, sur des communes où j’avais de nombreux ancêtres et où je passais ma vie à lire et relire les registres, je l’ai fait dans Hérédis. Dans ce cas de figure, il me semblait intéressant de reconstituer les familles, plutôt que de tenir une liste d’actes.

Mais le but ici n’est pas forcément de faire un relevé au sens habituel du terme. Il s’agit plutôt de trouver le meilleur outil pour tenir son propre journal de recherche.

Le journal de recherche permet :

  • De ne pas avoir à relire un registre 12.000 fois, soit quand on y a fait chou blanc, soit au fur et à mesure que nos pelotes se déroulent
  • De savoir où l’on en est de nos recherches sur une commune / une famille / un patronyme lorsque l’on se repenche dessus plusieurs semaines ou mois plus tard

Ce journal est à mon sens une des choses les plus importantes dans une recherche généalogique, et bien souvent celle qui pêche le plus. Combien d’entre nous en tiennent un, et le maintiennent à jour ? Combien d’entre nous ont passé des heures / jours / nuits / week-ends à se retaper les BMS complets d’une commune, pour se rendre compte qu’on l’avait déjà fait ? Combien d’entre nous se reposent encore et toujours les mêmes questions à propos d’un ancêtre « perdu »(1), sans se rappeler que ces questions ont déjà trouvé une réponse oubliée ?

Et quand on transpose ces problèmes à une famille entière, quand on doit se dépatouiller avec 12 homonymes, des graphies différentes dans tous les actes, et des familles recomposées, on se rend vite compte que si on ne note pas les recherches déjà effectuées et surtout les certitudes et questions toujours en suspens, on n’y arrivera jamais.

Je ne suis très rigoureuse sur ce journal que depuis peu de temps, mais ça me sauve la vie régulièrement. Mon journal de recherche est constitué de plusieurs parties :

  • La liste des registres étudiés, que j’y ais trouvé quelque chose ou pas, avec dates de début et de fin,
  • Un « dépouillement » des actes qui « pourraient servir un jour », par exemple les homonymes dont je ne sais ni s’ils sont liés à mon arbre, ni comment,
  • Des fiches qui posent, pour chaque individu / couple / famille / commune / etc…, les faits connus, les questions sans réponse, les recherches déjà effectuées, les recherches à faire, et les pistes. Voire, les idées en vrac.

Le second point peut parfaitement être géré avec un logiciel spécifique, comme un logiciel spécialisé (Nimègue), ou un tableur (Excel). Ca présente l’énorme avantage de pouvoir faire des recherches, et d’éditer des listes et états personnalisés, et surtout d’avoir des relevés qui sont tous indentiques, et donc comparables.

Personnellement, avant de me tenir aussi aux points 1 et 3, j’ai testé plusieurs solutions :

  • Nimègue : le seul logiciel de relevé systématique que je connaisse. Certainement le plus répandu aussi. Il permet des exports sous différentes formes, dont Généabank (c’est un logiciel d’association), et des états divers et variés, avec plein de fonctions assez sympas. Malheureusement, il pêche(2) par une ergonomie assez lourde, et vieillote. Il n’est tout simplement pas adapté à ce besoin particulier de noter tous les actes « potentiellement intéressants » que l’on rencontre lors d’une recherche, simplement parce que chaque acte est trop long à entrer. Quand je parcours un registre, je le lis souvent « en diagonale » et je vais assez vite. Sinon, je meurs. Si je dois passer 5 minutes à enregistrer un acte qui m’a fait de l’oeil, je me décourage très vite. Surtout quand ledit registre fait 600 pages et que tout le monde a le même nom.
  • Excel : premier reflexe. Je suis une furieuse de l’industrialisation, et il faut que tout ce que je note ait le même format(3). Malheureusement, je souffre aussi du syndrôme de la case vide et du trop détaillé. S’il y a une case à remplir, je ne peux pas la laisser vide. Et quand je la remplis, je note tout. Du coup, je me retrouve dans Excel avec les mêmes problèmes que dans Nimègue. Trop de cases. Impossible de ne noter que l’essentiel. Je vais quand même plus vite qu’avec Nimègue, mais ça marche quand même pas.

Et donc, je suis revenue toute penaude à un simple outil au format texte :

  • Ca va vite. Je tape un paragraphe à la vitesse de l’éclair, sans avoir à naviguer de case en case. Quelques secondes à peine pour un acte.
  • Ce me permet de noter remarques et infos diverses (qui n’ont alors pas besoin d’avoir une case. Je vous le dit, je devrais me faire soigner).

Maintenant, j’aime bien avoir tout sous les yeux en même temps, et naviguer rapidement dans les informations. Un logiciel de traitement de texte comme Word ne convient donc pas (à quand les docs avec onglet comme dans Excel ?). J’utilise donc un petit soft dont je disposais déjà au boulot : Treepad. J’ai la version payante (business), mais la version gratuite convient tout aussi bien. Il y a une version Linux. Attention c’est en anglais.

Les avantages :

  • Navigation dans un panel à gauche, sur le même modèle que le navigateur Windows (des dossiers, des sous-dossiers, des documents).
  • Edition en mode RTF, donc avec mise en forme « de base » (couleurs, gras, titres, etc…)
  • Possibilité d’insérer des images « inline »
  • Gestion des liens hypertexte entre documents ou vers des documents externes (y compris, bien sûr, internet).
  • Tout mon « journal » est au même endroit : registres étudiés, dépouillements partiels, fiches de recherche. Et tout ça dans un seul et unique fichier.

Les inconvénients :

  • Ergonomie qui n’a évidemment pas le niveau d’un Word ou d’un Open-Office.
  • Format propriétaire, bien que l’on puisse exporter en format texte, RTF, etc… sans problème. Il existe aussi un « viewer » et un utilitaire pour créer un « ebook » au format exe, que n’importe qui pourra ouvrir.
  • Les inconvénients du texte… pas de recherche par champs, pas d’automatisation des traitements, pas d’export possible pour partager (mais ce n’est pas le but en l’occurrence), organisation statique.

Quelques copies d’écran de my journal :


Où je copie les actes que j'ai envie de garder parce qu'ils sortent de l'ordinaire


 


Registres étudiés dans le 04



Actes divers relevés dans les registres, et qui pourront servir "un jour"



Recensements



Fiche d'un couple qui me donne du fil à retordre



Recherches à faire sur le couple en question


 

J’ai quand même en projet de développer un module pour mon site local qui me permettrait de faire la même chose, avec les avantages d’une base de données… un jour, peut-être, quand j’aurais fini tout le reste !

Et vous, tenez-vous un journal de recherche ? Avec quel(s) outil(s) ?

__________
  1. ou plutôt pas trouvé []
  2. pour moi []
  3. on est informaticienne ou on ne l’est pas, hein []
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10 Commentaires

  1. Alors là, je dis juste « bravo » et je m’incline. Voici peut être la seul bonne méthode de recherche….

  2. Bravo pour la rapidité de publication de ce billet très détaillé !

    Pour ma part je tiens des journaux de recherche depuis un peu moins de 2 ans. C’est effectivement parce que j’en avais assez de me retaper des registres déjà parcourus que je m’y suis mis de façon systématique. Pour être honnête, je tenais des journaux light (villes et années parcourues pour telle ou telle branche) depuis un peu plus longtemps, mais sur papier et moi les papiers je les égards facilement :)

    Je ne fais pas non plus de relevés systématiques des registres que je dépouille : trop long, pas spécialement l’envie, même si ça peut s’avérer utile en généalogie descendante ou tout simplement pour repêcher les sosas dont on ne connaissait pas encore le patronyme au moment de la première consultation.
    Je relève donc juste les porteurs de patronymes qui m’intéressent.

    Mes journaux de recherche sont assez simples :
    - un journal par « branche de recherche » (une branche / un département) histoire de ne pas tout mélanger
    - je commence par décrire ce que je cherche, les éventuels problèmes qui se posent
    - je liste mes recherches au jour le jour, par ordre chronologique, comme un journal de bord
    - je liste les registres que je consulte (ville et années parcourues, registre communal ou du greffe, etc.)
    - j’y note les actes de sosas trouvés (+ réponses et questions liés) ainsi que les dépouillement patronymiques

    Je n’y mets pas d’image mais après tout c’est une bonne idée !

    En parallèle je tiens un arbre généalogique sur papier avec des info de base (prénom, nom, date et lieu de naissance, date et lieu de décès, date et lieu de mariage, âges sur les actes) : tout ce qui me permet de remonter le temps, de creuser des pistes, etc., sans avoir à reparcourir mon journal de recherche de long en large.

    Et sinon, je me posais la question du logiciel de dépouillement car hier soir, en parcourant un registre du Cantal, je me suis rendu compte que je notais dans mon fichier Word tout un tas d’homopatronymes, mais que c’était compliqué dès que je voulais en retrouver un (comme tu le dis, l’inconvénient du fichier texte, c’est qu’il n’y a pas de recherche par champ).
    J’avais justement arrêté Nimègue parce qu’un peu lourd. Je retenterai ce soir. À moins de me limiter à Excel, plus rapide pour de la saisie presque à la chaîne.
    Par contre Heredis me paraît risqué pour du dépouillement systématique ou même homopatronymique : parfois, c’est justement après avoir trouvé plusieurs actes qu’on peut enfin conclure qu’untel est bien le fils d’untel, etc. Ou alors j’ai loupé une fonctionnalité dans Heredis.

    • « Par contre Heredis me paraît risqué pour du dépouillement systématique ou même homopatronymique : parfois, c’est justement après avoir trouvé plusieurs actes qu’on peut enfin conclure qu’untel est bien le fils d’untel, etc. Ou alors j’ai loupé une fonctionnalité dans Heredis. »

      Tu n’as rien loupé, quand je faisais ce genre de choses, je partais du début du registre, donc en ascendant. Je ne l’ai fait que pour deux villages, pas juste pour me simplifier les recherches futures, mais aussi parce que je me suis intéressée à l’histoire de ces villages, et donc à leurs habitants. D’où la reconstitution des familles.

  3. Yeah ! Tu viens de m’économiser un billet ! :)

  4. J’avoue ne m’être jamais posé la question de la tenue de telle journaux. Probablement en raison du fait que le dépouillement systèmatique de mon département de recherche (le 22) a été fait pour les registres paroissiaux et est en cours pour l’état civil. J’y participe d’ailleurs pour une petite commune et j’utilise…..Nimègue (outil imposé par le CG22, que je trouve pratique quand on s’y est mis, mais dont l’interface fait effectivement assez vieillote).

    Le débat du dépouillement sur Heredis revient de temps à autre sur le forum BSD-pour-Tous (désolé pour la pub gratuite :-D ), mais à mon sens, Heredis n’est pas fait pour cela. Pour étudier les familles patronymiques, il est possible de coupler Mariaged à Nimègue, mais cela veut dire rajouter un outil à un autre outil…

    En tout cas, la lecture de ce billet m’amène à réfléchir et je vais probablement faire évoluer ma technique toute simple d’utilisation de la note individuelle pour indiquer les communes qu j’ai déja étudié pour tel ou tel individu (et éviter de refaire la même recherche à deux mois d’intervalles :evil: ).

    Merci beaucoup pour ce billet très détaillé.

  5. Bravo, c’est impressionant comme travail!
    Mais pour le réussir, il faut sans doute être très rigoureux, et ça, c’est mon point faible…

  6. Merci pour cet excellent billet ! J’ai commencé à tenir un journal manuscrit, histoire de l’avoir toujours sous la main. Mais finalement je vais tester ton logiciel de notes qui me semble pas mal. Bonne continuation !

  7. Très intéressante cette méthode.
    En ce qui me concerne, je relève des infos sur un cahier mais je cherchais une autre solution. Et puis pareil : marre de vérifier les mêmes choses que j’avais oubliées. De perdre le fil de mes recherches. Surtout que je peux laisser reposer ma généalogie quelques mois parfois.
    J’envisageais un logiciel de généalogie pour relever ce qui m’intéresse sur la commune que j’étudie mais j’ai vite senti que cela ne conviendrait pas vraiment, sous excel, je voyais ça plutôt fastidieux.
    Je vais donc essayer ta méthode. Bon sauf que je suis pas très calée en english de l’informatique alors je vais essayer de ne pas me perdre dans treepad.
    Merci pour tes conseils.

    Ah j’oubliais mon nom de jeune fille est PETIT, serais-tu étonner si je disais que c’est la branche qui me pose le plus de soucis ? Les homonymes ne sont pas ce qui manque, alors de la méthode il en faut.

    Cordialement,
    Nathalie

    • Bonjour Nath, et merci pour les commentaires !
      Pour ce qui est de Treepad il doit exister une version francaise, je pense. C’est juste que moi, je préfère l’anglais pour la plupart de mes logiciels. A essayer aussi, plus moderne, Evernote…

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